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La Dernière Danse : une Nouvelle Expérience dans le Paysage Théâtral Marocain

 

La diversification des esthétiques au théâtre n'est pas encore totalement acquise au Maroc. Notre scène reste encore submergée par le sacro-saint verbe, des mots et encore des mots sur lesquels viennent buter nos maux.

Hors du texte, point de théâtre, semblent dire nos gens de théâtre. Pourtant, le théâtre, à travers le monde, s'est tellement diversifié esthétiquement, tant au niveau des genres que des approches thématiques et visuelles: théâtre de l'image, théâtre gestuel, théâtre expérimental, théâtre acrobatique, et j'en passe. Tout est matière à théâtre, pourvu qu'on ait l'ivresse.

Le spectacle auquel nous avons assisté le lundi 14 mars au théâtre national Mohammed V, "La dernière danse", a dérogé à la règle. Produit par le Théâtre des sept, Nouvelle génération (encore une scission d'une troupe qui avait pourtant bien marché au début à l'instar de la troupe Tensift qui elle aussi vient de se scinder en deux et d'autres encore, toutes des troupes jeunes constituées de lauréats de l'ISADAC et qui reproduisent malheureusement les expériences de leurs aînés), ce spectacle a dérouté plus d'un.

D'abord par son approche thématique où, d'un côté, la femme, généralement traitée comme un être faible et sans défense, est présentée sous son aspect le plus démoniaque et, de l'autre, cette note d'optimisme par rapport au métier de l'artiste véhiculée par le spectacle. Ensuite, par la manière avec laquelle sont traités ces sujets puisque nous avons vu ce soir-là, du fantastique au théâtre, ce qui est inhabituel dans nos productions théâtrales. Le résultat était probant puisque le public, assez nombreux ce soir-là, avait parfaitement adhéré au spectacle.

La dernière danse est l'histoire de deux êtres qui s'entredéchirent parce que chacun est prisonnier de son univers propre sans aucune concession l'un pour l'autre: Omar, le célèbre danseur, l'Oiseau de l'Afrique comme on le surnomme, devenu paraplégique à cause d'une chute sur scène, et sa femme Saïda, belle et sensuelle jusqu'à la démesure, qui porte en elle une blessure profonde à cause d'une dramatique histoire familiale.

Celle-ci accuse son père d'avoir mis le feu à la maison en brûlant ainsi sa mère, ce qui la pousse à vouloir se venger de tous les hommes dont ce mari qui regarde, impuissant, les délires d'une femme en proie à la vengeance et au débordement charnel. Jusqu'ici, l'histoire paraît normale et pourrait même s'apparenter à du théâtre de boulevard avec tous les canons que l'on connaît de ce genre: couple en difficulté, soubrette agile et délurée, amant caché dans le placard (ici le bureau) et autres rebondissements classiques dans ce genre de théâtre.

Or, à l'apparition de nouveaux protagonistes, tout va basculer: un amant, inspecteur de police, dont la femme veut se servir pour éliminer le mari et un employé engagé par Saïda pour les mêmes fins, chauve, traînant la jambe, lui-même victime d'un passé brumeux, fils naturel qui, apparemment, en veut à la femme qui l'a mise au monde et par conséquent à toutes les femmes. Celui-ci va bientôt s'avérer un être surnaturel que le mari surnommera «Annaouaoui» (le nucléaire) plongeant ainsi le spectacle dans une ambiance digne d'un film fantastique.

Cette pièce est écrite et mise en scène par Driss Roukh, responsable de la troupe. J'ai connu Driss Roukh comme comédien, envahissant certes, mais passionné de théâtre. Il m'avait épaté à Strasbourg où il avait reçu une ovation magnifique à la fin du spectacle Le collier des ruses d'Ahmed Essayad avec une mise en scène de Anne Torrès dans le cadre du Festival Musica en collaboration avec l'ISADAC et le Conservatoire de musique de Strasbourg.

A l'issue de cette expérience, tout le monde s'accordait à dire qu'il était destiné à une carrière brillante. Il brilla ensuite dans Miss Julie en Suède sous la direction de Jaouad Al Assadi, le grand metteur en scène irakien puis dans d'autres expériences théâtrales avant d'être happé par la télévision et le cinéma à l'instar de tous ses camarades lauréats de l'ISADAC. Je viens de le découvrir sous d'autres casquettes, comme auteur et metteur en scène, des fonctions désormais très prisées par nos jeunes au détriment de ce beau métier qu'est le jeu.

En assumant cette responsabilité, Driss n'a pas démérité. D'abord par le choix des comédiens qui est sans conteste intéressant. Saïd Bay dans le rôle de Omar joua juste, surtout quand il utilise son corps plutôt que sa voix. Dans la scène finale où il se leva péniblement de sa chaise roulante pour tenter de danser devant sa femme ahurie, il fut magistral. Houda Rihani, dans le rôle de Saïda, est toujours aussi pétillante, une actrice complète et passionnée.

Elle sait jouer autant de sa voix que de son regard et de son corps avec ses déambulations tantôt langoureuses et envoûtantes, tantôt rigides et nerveuses selon les situations. Wassila Sabhi dans le rôle de la soubrette et Tariq Khalid dans le rôle de l'amant n'ont pas démérité. Quant à Abderrahim Méniari, on peut dire qu'il porta le spectacle avec beaucoup de professionnalisme, aidé par une stature imposante, une interprétation intelligente et une voix tonitruante qui cadrait parfaitement avec la psychologie du personnage qu'il incarnait quoiqu'il y eut parfois des relâchements de sa part qui nuisaient à l'atmosphère générale du spectacle.

Le texte écrit par Driss Roukh quoique intéressant de par le propos qu'il aborde (la condition de l'artiste) et original par l'esthétique qu'il propose (l'atmosphère du fantastique) aurait gagné, à mon sens, à être moins envahissant sur scène, surtout que le metteur en scène avait entre les mains des acteurs capables d'échapper à la tyrannie du verbe en le symbolisant par le geste, le mouvement ou le regard dans certaines situations et éviter ainsi la redondance.

Si l'écriture en elle-même est maîtrisée du point de vue dramaturgique, elle l'est moins par contre au niveau du style Festival du film contre l'exclusion et pour la tolérance qui parfois nous propose à entendre un langage relevé et poétique et, à d'autres moments, un langage truffé de mots argotiques sinon carrément vulgaires. Quant à la mise en scène, on peut dire sans verser dans l'exagération, qu'elle fut heureuse tellement la direction des comédiens fut juste et que l'agencement des éléments d'interprétation fut bien concrétisé.

La scénographie est signée par Youssef Arcoubi, un de ces jeunes scénographes formés à l'ISADAC et qui est sur les traces de Driss Snoussi et de Abdelmjid El Haouasse. Youssef Arcoubi est un jeune garçon qui aime son métier et le pratique avec beaucoup de passion. Il est en nette progression car sa curiosité et son humilité l'empêchent de sombrer dans la suffisance et par conséquent dans la reproduction des mêmes schémas.

La conception du décor pour cette pièce est intéressante : un décor fonctionnel, malléable, en transparence surtout à l'arrière-scène, ce qui figure parfaitement le cadre de l'action et permet une circulation adéquate des comédiens.

Il aurait sans doute été quelconque s'il n'était soutenu par un éclairage signifiant, jouant sur le clair-obscur qui sied parfaitement à cette atmosphère de suspicion et de surnaturel.

Par contre, on ne peut pas dire de même pour la musique qui, tantôt, était bien choisie (le flamenco par exemple) et correspondait bien à la situation en la supportant davantage, tantôt elle n'était pas du tout heureuse et versait dans l'incongruité sinon dans la cacophonie.

Les coups de cymbale quoique parfaitement synchronisés avec le changement subit de l'action étaient très forts et dérangeaient un peu. Néanmoins, disons que cette coopération entre le metteur en scène et le scénographe mérite d'être saluée, comme le fut le spectacle ce soir-là au Théâtre National Mohammed V par un public qui aurait sans doute préféré applaudir davantage si le salut était bien travaillé.

Ahmed Massaia

Ex-directeur de l'Institut Supérieur d'Art Dramatique et d'animation culturelle

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