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Publication: “Le Bonheur des moineaux”  de Nedali

Contrairement à certains écrivains qui réduisent au maximum l'espace pour donner une portée universelle à leurs récits, Nedali inscrit toujours ses romans dans un lieu bien déterminé. C'est cette dimension qui donne chez lui l’illusion du réel, qui convainc, qui nous laisse accrochés aux personnages.

Après Marrakech, qui était le théâtre de «Morceaux de choix» et Tinghir où se déroulaient les événements de «Grâce à Jean de la Fontaine» vient le tour d'Aguersioual, un hameau accroché par miracle au flanc d'une montagne, bourgade où voit le jour Omar Agouzoul, personnage principal du «Bonheur des moineaux», troisième roman de Nedali, publié aux éditions du Fennec. C'est là où Omar a appris à devenir polyglotte, loin de l'école, en l'absence de toute formation académique, seul dans la rue, en fréquentant les touristes. Il est rebuté par les programmes abscons l’où on apprend sans comprendre et abandonne enfin ses camarades de classe, quitte à s'adonner aux petits métiers de la région qui sont tous en relation avec le tourisme. Omar finit guide de montagne, capable de s'aventurer des semaines durant en compagnie de ses groupes de touristes. Les langues n'ont plus de mystère pour lui. Il les utilise pour communiquer, expliquer et inventer même des histoires d'amour, car, pour donner des âmes à ces lieux perdus, il fait d'eux des témoins d'aventures amoureuses. 

Tout va bien chez Agouzoul, qui assiste à l'épanouissement de son entreprise, jusqu'à cette veille de l'Aïd El Kébir où un groupe de touristes, débarquant à l'improviste, l'obligent à sortir de chez lui, laissant sa mère en courroux. A contre-cœur, obéissant à une morale professionnelle, Omar conduit silencieusement ses clients vers les sites de la région. Alors qu'ils entament les pentes raides, des hélicoptères attirent leur attention. Ces engins qui ne traversent jamais cette région sont remplis de gens du Makhzen mobilisés pour voir le guide d'Aguersioual. Toute une armada déplacée à la recherche de celui que la première femme des États-Unis d'Amérique, la femme du président, Mary Hamilton en chair et en os, désire rencontrer.

Ce troisième roman de Nedali, plein d'humour mais de satire aussi, brosse, dans un arrière-fond, le portrait d'une société où l'individu n'a plus de valeur, où le Makhzen a le droit de faire la pluie et le beau temps. Une société où tout est possible : Le travail le jour de l'Aïd, l'apprentissage de l'anglais à l'école primaire marocaine, et ce, en une demi-heure… 

C'est également le pays où les fonctionnaires sont obligés de suivre les foucades de leurs supérieurs, lesquels cherchent seulement à embellir la façade, à l'astiquer, «tu veilleras à lui éviter toute ce qui est désagréable à la vue, toute misère, toute saleté susceptible de heurter sa sensibilité…» dit un haut responsable à Omar, appelé à faire un tour avec l'Américaine dans son douar.

L'auteur dénonce ces manigances qu'avait entretenues le Makhzen pour longtemps afin d'éloigner le peuple de la politique, ce qui ne va pas sans laisser des séquelles dans les esprits des Marocains. «Faire de la politique dans ce pays, c'est courir à sa perte et à celle des siens» ou encore «la politique menait droit en enfer » fait dire Nedali par l'un de ses personnages.

L'histoire est loin d'être un récit linéaire. Certes, elle s'étale sur deux jours, mais, les récits enchâssés font d'elle la critique de toute une période de répression, une période où le manque de respect pour le citoyen est la règle. L'histoire du «serbice», service où des campagnards déplacés du fin-fond du pays pour accueillir avec vivats un président africain ou un responsable d'un pays sans valeur en est un exemple. C'est aussi la période où un simple caïd appelle ses sujets les «feignants» ou «péquenots». 

Tout cela, Nedali le raconte dans une langue soutenue. L'auteur excelle dans la maîtrise du style et fait des exceptions son cheval de bataille. Dans « Le bonheur des moineaux » prennent corps toutes les valeurs des temps, surtout les rares comme le subjonctif plus-que-parfait, le conditionnel passé deuxième forme, entre autres.

My Seddik Rabbaj
30/05/2008

 

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