Jamal-Eddine Naji
Titulaire Chaire Orbicom/Unesco
en Communication publique et communautaire

10/07/2006


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Presse Marocaine: Une Lecture du kiosque Actuel

 

Avec plus de 618 publications nationales (chiffre officiel de 2004), dont 26 quotidiens et 136 hebdomadaires, le kiosque marocain actuel, pourrait, certes, être pris pour "une des manifestations les plus visibles de l'extension du champ des libertés", mais cela ne pourrait lui conférer une force dynamique de nature à revendiquer une transformation irréversible et conséquente dans le sens d'une démocratisation structurelle de l'Etat de la société.

C'est connu, l'extension du champ d'une liberté ou l'émergence, voire l'affranchissement, d'une valeur démocratique, ne valent pas par elles-mêmes, mis par l'essor et l'évolution du reste des libertés et valeurs caractéristiques d'un régime démocratique. La démocratie est un édifice dont chacune des composantes ne tient et ne résiste aux aléas des conjonctures et des adversités que par une dynamique de dialectique qui fait dépendre la résistance et l'avancée de chaque partie de celles des autres parties. Ceci pour rappeler, par exe mple, qu'une conquête de liberté de presse n'est pas forcément un gage de démocratie en l'absence d'une justice saine et démocratique ou d'élections régulières, honnêtes, loyalement conséquentes et effectives sur les choix et la vie de la collectivité, gouvernants et gouvernés.

En fait, dans la réalité du régime politique marocain, le phénomène de quasi inflation actuelle des titres et des expressions - sans précédent au kiosque pour certains - ne déroge pas à la règle de la primauté historique des stratégies politiques sur les stratégies communicationnelles. Et le mouvement d'"avancée" actuel, qu'on peut dater du début des années 90, dévoile une nouvelle compétition politique qui, elle, peut être logée bien avant, pratiquement au début des années 80. Mais pour admettre une telle hypothèse, il nous faut introduire une deuxième caractéristique du champ médiatique national, après l'inféodation structurelle de la presse au politique, à savoir: la vision dualiste du Palais, principal acteur politique, qui agit dans le secteur de la presse écrite en fonction de ce qu'il entreprend comme actions dans celui de l'audiovisuel, son principal et fort précieux instrument de combat politique dans ce champ de la communication.

De sorte que pour faire une lecture du kiosque actuel et s'interroger sur l'origine de son foisonnement et de sa transformation au plan des contenus et des produits, il nous faut mener de parallèle une lecture des interventions du principal acteur et, disons-le, le principal meneur de jeu sur ce champ, c'est-à-dire le Palais, dans le secteur de la presse écrite comme dans celui de l'audiovisuel. Une double lecture qui doit nécessairement se faire sur fond de la chronique des prestations et décisions purement politiques entreprises par Hassan II durant ces années.

Egrenons d'abord certaines des principales initiatives politiques en question sur cette période gravide, au plan politique et médiatique, période de gestation du kiosque actuel: le changement de cap annoncé en 1981 par le Roi sur la question du Sahara en acceptant le principe d'un référendum et la menace de grande confrontation avec l'opposition qui s'en est suivie avec l'emprisonnement du leader Bouabid, l'octroi du département de l'Information et de ses annexes (dont la RTM) au puissant et tentaculaire ministère de l'Intérieur (pour 10 ans: 1985/1995), le traité de l'UMA, l'opération de la Mosquée Hassan II (dont la dimension de "plébiscite politique et médiatique" n'échappe à personne), la création du CCDH en 1990, la libération de prisonniers politiques en 1991, la Constitution de 1992 où sont enchâssés, en préambule, les droits de l'Homme "tels que reconnus universellement", l'entérinement officiel des 118 recommandations du colloque national de l'information et de la co mmunication (INFOCOM 1993"), l'amnistie de 1994, le 1er round de négociations de la perspective de l'alternance, l'autorisation du PJD, la Constitution de 1996 (avec notamment l'introduction du bicaméralisme), la quasi autocritique concédée publiquement par le Roi suite au risque d' "arrêt cardiaque du Maroc" annoncé par les institutions financières internationales, le gouvernement de l'alternance de mars 1998 Voici pour le contexte politique des années en question.

Dans le champ des médias, retenons pour ce qui concerne le secteur de l'audiovisuel, principalement : la "brèche" - contrôlée- dans le monopole des ondes octroyée à Radio Méditerranée International, avec le concours de la "Sofirad" française (1980), l'opération "la RTM bouge" (1984), la nominationde gouverneurs et de super-caïds à la RTM en 1985 (sous la tutelle de leur ministère d'origine), la "brèche" contrôlée (par subtil montage de financements privés acquis au pouvoir, aux côtés d'autres, alliés étrangers) de 2M International (1989) avant sa récupération totale par l'Etat et bien sûr la validation Royale des revendications - dont certaines très osées de l'"Infocom 93" (concernant l'ensemble des médias et formes de communication, cinéma et livre compris).

Quant au secteur de la presse écrite, limitons-nous en ce qui concerne les interventions, plus ou moins directes, du pouvoir à : l'octroi de l'autorisation d'imprimer au Maroc à de grands quotidiens étrangers (notamment "Acharq Al Awssat"), l'interdiction de périodiques à la crédibilité influente dans le giron de l'opposition ("Lamalif", "Kalima" ), le fréquent recours à la saisie, à l'interdiction et aux procès d'opinion à l'encontre de la presse d'opposition ("Anoual", "Al Alam", "Al Ittihad" ), l'incessant renflouement durant ces années, au plan financier et humain, du groupe "Le Matin/Maroc Soir" et la délivrance d'autorisations de paraître à la déferlante des tabloïds dits populaires ou de trottoir

Et enfin l'appui direct du Palais, ou via son ministère de l'Intérieur et de l'Information, apporté (déjà par l'autorisation de paraître) à certaines initiatives sérieusement, ou potentiellement et impliquant, selon les cas, des capitaux nationaux ou étrangers.

 

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