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Almanar
ou les Enjeux d’une Interdiction

 

C'est dans un climat tendu, marqué par la tournure de plus en plus politique prise par l’affaire Almanar, que le Conseil d’État a clos sa procédure de débat contradictoire concernant le dossier de la chaîne satellitaire du Hezbollah dont le CSA demande l’arrêt de la diffusion en France par Eutelsat.

Le CSA se base dans sa décision sur "les manquements à l’éthique professionnelle et d’autres violations de la convention" signée avec l’organisme supérieur de régulation et de contrôle de l’audiovisuel en France. "Il ne saurait être exclu que la réitération" de telles émissions "ait des incidences néfastes sur la sauvegarde de l'ordre public", a notamment commenté le Conseil d'Etat français dans un communiqué.

Chronologie d’une interdiction

A l’origine de cette interdiction, il y a les antécédents de l’affaire, c’est-à-dire la plainte déposée il y a quelques mois par le CRIJF (Conseil représentatif des institutions juives de France).

Le 7 Décembre 2004, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA), organisme public chargé de réguler l’audiovisuel en France, a décidé d’engager « une procédure de sanction » contre la chaîne du Hezbollah Almanar, après de nouveaux manquements que cet organisme affirme avoir constatés sur son antenne. Le CSA qui a décidé cette procédure de sanction lors de sa réunion en séance plénière, a adressé une lettre au président de la société Lebanese Communication Group, éditrice de la chaîne Almanar, citant des commentaires diffusés le 2 décembre sur l’antenne, "susceptibles de constituer une incitation à la haine ou à la violence. "

La phrase citée est : "Israël mène une campagne sans précédent contre la chaîne Almanar pour l’empêcher de diffuser en Europe. C’est ce qu’a avoué la télévision israélienne qui a révélé que le gouvernement israélien a multiplié ses efforts, tirant les ficelles par-ci et par-là, pour empêcher la chaîne de télévision de révéler aux téléspectateurs européens, aux résidents étrangers en Europe la réalité des faits et de la situation, les crimes contre l’humanité perpétrés par Israël, aussi bien en Palestine occupée que dans le monde..."

Dans sa lettre, le CSA indique notamment : "Il apparaît que la chaîne vise particulièrement les téléspectateurs européens et les résidents étrangers en Europe quand elle prétend qu’Israël est coupable de crimes contre l’humanité. Il ne saurait vous échapper, poursuit le CSA, que les termes de “crimes contre l’humanité” recouvrent un statut juridique précis consacré par le droit international depuis l’Accord de Londres du 8 août 1945 et le Statut du Tribunal militaire international de Nuremberg (...). Or, sur la base de ces textes, l’État d’Israël n’a jamais été déclaré coupable de crimes contre l’humanité devant une juridiction pénale internationale."

Le communiqué du Conseil d'Etat a indiqué que "saisi par le Président du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA), le Président de la section du contentieux du Conseil d'Etat, statuant en référé, a enjoint le 13 décembre la société Eutelsat de faire cesser, sous 48 heures et à peine d'une astreinte de 5.000 euros par jour de retard la diffusion, sur ses capacités satellitaires, de la chaîne de télévision Almanar."

Le 14 Décembre 2004, Almanar décide d'interrompre elle-même son signal via Eutelsat. Cette attitude digne et responsable permet de préserver la diffusion des autres chaînes arabes qui accompagnaient jusque-là Al Manar dans ce bouquet de programmes composé de neuf chaînes envoyées à Eutelsat par la société Arabsat, qui comprend, outre la chaîne libanaise, les télévisions nationales du Qatar, d'Arabie saoudite, de Libye, du Soudan, du Koweit, d'Oman, de Charjah et d'Egypte.

Une perception différente?
A la suite de l’entrevue qui a réuni les deux parties, c’est-à-dire le directeur général du CSA, les avocats d’Almanar, aucune d’entre elles n’a protesté sur la matérialité des faits reprochés à la chaîne, mais lorsque le président a énuméré les griefs et cité des émissions incriminées (un programme intitulé "Flambeau sur la route de Jérusalem", une série intitulée "Le Prince du paradis" et un certain nombre de clips promotionnels contenant, selon le CSA, des images choquantes), les avocats d’ Almanar ont argué du fait que la perception des émissions par le public européen était différente de l’évaluation et de l’appréciation des dirigeants de la chaîne laquelle, après avoir obtenu son conventionnement, avait modifié sa ligne politique et rectifié ses programmes dans ce sens. Le président ayant estimé que s’il y avait eu changement, c’est qu’il y a eu reconnaissance des infractions. Me Garraud (avocat de la chaîne) a repris la parole pour réaffirmer l’existence de décalages entre les vues des dirigeants de la chaîne et ses détracteurs et plaignants français. Le président devait lire des extraits traduits et des explications relatives à des programmes et jeux, tels que la couverture par Almanar de l’attentat de Beersheva, des jeux télévisés et des commentaires, «même dans le journal télévisé en langue française", a-t-il dit, auxquels il est reproché un caractère antisémite ainsi qu’une incitation à la violence et à la haine raciale.

Les USA dans la brèche
Après l'annulation par le CSA français de la convention qui autorisait Almanar à diffuser sur la France via l'opérateur Eutelsat, les Etats-Unis ont annoncé à leur tour avoir classé la chaîne parmi les organisations terroristes. La décision a entraîné aussitôt sa disparition de l'offre satellitaire de l'opérateur américain Globecast.

Le porte-parole du département d'Etat a du démentir que la décision américaine ait été prise sous une quelconque pression des Israéliens. "Il s'agit d'une conclusion à laquelle a abouti le gouvernement américain et qui a été décidée par lui, pas par un groupe étranger. "

Le département d'Etat a en outre précisé que la décision américaine avait aussi des conséquences pour tout individu ayant des liens avec Almanar, en étant membre de cette chaîne, en sollicitant des fonds pour la financer, ou en lui apportant un soutien quel qu'il soit. Ces personnes se verront refuser tout visa pour les Etats-Unis ou, s'ils se trouvent déjà sur le territoire américain, seront soumis à une procédure d'expulsion, a dit Richard Boucher. Le porte-parole a ajouté qu'il ne savait pas si des personnes étaient déjà concernées par un tel ordre d'expulsion.

Réactions au Liban
Les mesures prises à Washington et Paris contre la chaîne Almanar sont très mal perçues au Liban. Le hezbollah considère que la qualification d'Almanar d'organisation terroriste par les Etats-Unis n'est que "l'inauguration d'une nouvelle ère. Celle de réduire au silence, au nom de la lutte contre le terrorisme, de toute voix ou média qui ose critiquer Israël et qui prend fait et cause pour le peuple palestinien. »
Dans un communiqué publié à Beyrouth juste avant l'arrêt de la diffusion, la direction d'Almanar avait affirmé que la réouverture du dossier de la télévision avait été faite « à l'incitation déclarée d'Israël et à la suite d'une campagne politique organisée par le lobby sioniste en France». «Le maintien de l'interdiction constitue une atteinte à la liberté d'expression, un déni des principes depuis toujours prônés par la France et un dangereux précédent dans l'attitude de la France à l'égard des médias arabes», souligne le communiqué.

De son côté, le ministre de l’Information, M. Élie Ferzli, a adressé une lettre officielle au secrétaire général de la Ligue arabe et aux ministres arabes de l’Information afin de les pousser à mener une vaste action de solidarité avec la chaîne du Hezbollah et de la faire parvenir aux autorités françaises. « Cette affaire, a-t-il écrit, concerne la liberté de toute l’information arabe et notre droit sacré de montrer les crimes sionistes. C’est le début d’une tendance systématique internationale à faire le black-out sur les crimes d’Israël. Il faut donc alerter les opinions publiques et les intellectuels afin d’adresser un message fort aux autorités françaises pour les pousser à ne pas céder aux pressions sionistes.» Elias Ferzli a affirmé qu'il s'agissait d'une « tentative de faire taire toute voix qui s'oppose à Israël, en la qualifiant de terroriste » et qu’il étudie la possibilité de mesures de rétorsion envers des médias américains et français.

Lors de passage à Alger à l'occasion de la 24e session ordinaire de l’assemblée générale de l’Union des radios des Etats arabes (ASBU), Mohammed Haïdar, le directeur d’Almanar, a accordé un entretien au quotidien algérien L'Expression où il livre son analyse personnelle sur les raisons « intrinsèques » qui ont conduit à la suspension de sa chaîne sur le satellite européen et aux Etats-Unis.

Selon M. Haïdar, la chaîne Almanar n'a cessé de faire face à des intimidations depuis le lancement des programmes, le 25 mai de l'année 2000 et de faire l'objet de pressions de la part "des lobbies juifs." Le directeur de la chaîne précise en ajoutant : "il est clair que c'est notre façon de couvrir les événements et de rapporter les massacres commis dans les Territoires palestiniens occupés qui dérangent Israël. Les juifs sont parvenus à leur but, il y a quelques jours. Selon nos informations, les juifs sont actuellement en possession d'un dossier très solide pour étaler leur décision à tous les médias arabes qui les dérangent. Ils ont fait pression sur l'Etat français qui, lui, a fini par interdire la diffusion de nos programmes sur le satellite européen. Je peux comprendre qu'Israël est dérangé par le fait que nous rapportons les exactions qu'il commet en Palestine, mais ce qui me choque par contre, c'est l'attitude de la France reconnue comme pays des droits de l'Homme et de la liberté d'expression."

Les enjeux d’un dossier
L’affaire Almanar constitue un dossier politisé aux enjeux multiples, tant internes qu'externes, pour la France et ses relations avec le Liban et la monde arabe.

Sur le plan politique, l’affaire Almanar mobilise de plus en plus de personnalités et d’associations arabes et françaises qui soulignent la gravité du précédent que représenterait une condamnation de la chaîne libanaise. Des journalistes français qui suivent cette affaire pensent que les associations juives ne s’arrêteront pas à ce stade, mais continueront de poursuivre en justice d’autres médias audiovisuels et des magazines qui diffuseraient ou publieraient des éléments jugés antisémites ou à caractère incitatif à la haine raciale. D’ores et déjà, la chaîne iranienne arabophone Al Alam, serait dans la ligne de mire du CRIJF et de l’Association des étudiants juifs de France. Enfin, le CSA et les milieux officiels français refusent de commenter les mesures de rétorsion contre les médias français brandies par des responsables libanais tout en se montrant conscients des possibilités de concrétisation de ces mesures. Dans une telle éventualité, des médias français tels que RFI (RMC-MO compris), TV5 et des chaînes publiques et privées françaises captées au Liban pourraient en pâtir.

De son côté, Reporter sans frontières (RSF) s’est démarqué de cette interdiction en jugeant que "la censure d’un média n’a jamais été la bonne solution."

Nul doute que de multiples réactions vont affluer et que certaines conséquences risquent d'émerger dans les mois à venir. Au-delà de l'effet d'annonce, on observera aussi avec intérêt l'application réelle de cette mesure dont les modalités ne sont pas si faciles... On remarquera d'ailleurs que la plus haute autorité administrative française n'a pas ordonné la résiliation de la convention liant la chaine au CSA français. Ce nouveau paradoxe laisse-t-il entrevoir d'autres rebondissements?

Moulay Driss Jaïdi
 

 

 
 


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