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Bijoux & Parures: Regards sur une Magnifique et Féconde Tradition Artistique


 

 

Fabuleux destin que celui de l’or. Hier encore symbole absolu de la richesse, du pouvoir de la gloire et de la puissance. Maître non moins absolu de l’univers, il a fait trembler la terre, conquis des empires, signé des désastres, nourri les découvertes, les conquêtes les plus audacieuses, les rêves les plus fous. Dans un poème intitulé «Les conquérants», José-Maria de Herédia, poète du siècle dernier, aujourd’hui tombé dans l’oubli, exalte l’image emblématique de Christophe Colomb : "Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal fatigués de porter leurs misères hautaines de Palos de Mo Moguer, routiers et capitaines partaient ivres d’un rêve héroïque et brutal.

… Ils allaient conquérir le fabuleux métal la l’azur phosphorescent de la mer des Tropiques enchantait leur sommeil d’un mirage doré."

L’or a inspiré tant de légendes, d’épopées, nourri tous les récits de tous les milles et une inuit, brûlant tels des brasiers ardents de désirs les plus secrets les plus sombres de l’humanité. Alchimie de la nature humaine, toutes les passions de vie et de mort, Eros et Thanatos, l’érotisme, l’amour, la pulsion meurtrière s’y sont déposées comme autant les laves refroidies d’un volcan en éruption.

L’histoire de l’or, sa propre histoire, ses avatars depuis la précieuse pépite, enfouie dans la gangue de terre jusqu’au lingot. Garant de la valeur, seul ou associé à d’autres métaux, il donne naissance à la monnaie. Frapper monnaie encore une des prérogatives du pouvoir. Ainsi chez nous, à l’exemple d’ailleurs d’autres pays, chaque dynastie, sous le règne de différents sultans, tout au long des siècles, aura laissé les pièces de monnaie, frappées à l’époque comme autant de témoignages d’une importance certaine. On pourrait écrire l’histoire d’une culture, d’une civilisation par ses monnaies.

A cet égard, il y est un événement d’importance, c’est l'inauguration toute récente par Sa Majesté Mohamed VI du Musée de la monnaie situé dans la Banque du Maroc.
En effet, ce musée compte parmi les plus riches et les plus belles collections arabo islamiques soit 23.000 pièces en or, en argent, en cuivre dont les plus anciennes remonteraient au 7ème siècle avant J.C. et parmi elles les différentes papiers- monnaies émis par la Banque depuis 1910. Ensuite, notons également, d’importantes collections de monnaies grâce à l’activité d’un groupe de numismates passionnés parmi lesquels se distingue Rachid Sbihi et l’on espère que bientôt se tiendra une importante exposition de monnaie de notre pays, permettant ainsi de sensibiliser le grand public à une activité précieuse pour sa portée historique et aussi de ce qu’elle dévoile comme valeurs esthétiques.

Autre représentation qui signe une culture, une civilisation : l’art de la bijouterie, la joaillerie. On ne sait que trop combien ce patrimoine universel témoigne des grandes civilisations du passé. Il n’est pas de pays qui n’y consacre pas musées, expositions, manifestations temporaires. L’or ici a scellé une alliance avec les pierres précieuses et l’argent, s’est dressé en concurrent au fil des changements, des mutations dans les modes et ies gouts à l’intérieur d’une culture, d’une civilisation en même temps que se produisaient des bouleversements sociaux et politiques.

Art majeur de notre culture, de notre civilisation qui ne témoigne pas seulement d’une grande tradition, mais aussi et surtout révèle à ce jour ces pouvoirs, ces magnifiques virtualités de création d’une originalité esthétique singulière dans tous ces domaines où la main, le corps et l’esprit de ‘artisan sont à l’oeuvre. Une fois encore, l’occasion est donnée pour mesurer à quel point la modernité ou ce qui est désigné comme tel dans l’ignorance et la débilité mentale, fait des ravages. Voyez donc cette situation lamentable qui ne mérite même pas le terme de paradoxe. La société marocaine, notre société donc, et surtout parmi ses couches privilégiées, est rongée par le virus de la société de consommation dont l’emblème est aujourd’hui le divin portable - On ne vit plus que par lui et pour lui, telle voué un culte fanatique au design, à n’importe quel meuble, bijou, vêtement tous ces objets de la dite modernité. Il se passe, la plupart du temps, que si vous rencontrez une élégante et belle jeune femme, portant une fibule ou un collier, un de ces joyaux berbères, il est à parier qu’elle est étrangère. Hélas : Quelle est cette cécité qui nous frappe ? Qu’est-il advenu de ce sens si subtile, si singulier de la beauté, manifestement éclatant en ces créations de nos bijoutiers, humbles et sublimes dans leur anonymat ? Nul n’a rendu hommage plus brillant, plus fervent à cet art et à ses artisans dont les bijoutiers juifs maîtres en la matière, que Si Ahmed Taoufiq.

Je voudrais, à cet égard, citer les pages qu’il y consacre dans son roman si précieux pour notre culture «L’arbre et la lune», le titre original en arabe aurait dû être «l’arbre, le henné et la lune». Dommage d’avoir sacrifié le henné, car c’est le frémissement même, la célébration la plus magique, la plus mystérieuse de la féminité, vrillée dans le premier regard ouvert sur le monde. Qui pourrait nous guérir de ce feu ardent de cet amour qui se noue dans le ‘khalkhal’ d’une gracieuse cheville, d’un talon jouant entre le rouge et le noir hénéien ?

Mais il est temps de céder la parole à notre cher Si Ahmed Tawfiq, si on ne veut pas, majnoun et ensorcelé, céder à l’enchantement de la beauté de nos femmes, l’éblouissement d’un visage un instant entrevue au détour du silence d’une rue. Et d'abord cette attention précise accordée au travail du bijoutier. Shlimo, diminutif affectueux de personnage juif, commence par prendre les mesures à l’aide de fils de couleurs différentes pour chaque genre de bijou et en fonction de sa destination, le tour de la cheville par rapport à la longueur de la jambe, de la taille, de l’arrondi du front pour recevoir le diadème, la largeur des épaules en proportion du haut de la poitrine de la poitrine pour recevoir fibules, broches, même le lobe de l’oreille est pris en considération pour l’harmonie des boucles d’oreilles mesures prises sur la même personne, la future mariée en conséquence. Savoir-faire, art au sens vrai du mot, jaloux de ses secrets, en dépit des apparences, et qui va se déployer sur un large registre de créations de formes et de couleurs. 

Edmond Amran El Maleh
Extrait du catalogue de l'exposition

L'Art de Paraitre: Bijoux & Parures
Jusqu'au janvier  2003, Musée des Oudaîas, Rabat

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