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A Propos de l'Oeuvre de Hassan Slaoui

 

L’oeuvre de Slaoui séduit l’oeil physique par une sollicitation de l’oeil mental. Il y a là comme un mouvement d’aller-retour, un écho, amorçant dans une salle silencieuse une tentative de shake hands, plus souvent esquissé que réalisé, entre la main du spectateur et celle de l’artiste.

Car les mains, dans les lignes de leur histoire, répondent des gestes de leurs dix doigts, ceux-là même que Slaoui énumère: débiter, dégrossir, raboter, mortaiser, coller, galber, poncer...

Ces gestes ont leur logique. Les techniques décrivent avec précision un processus d’édification d’une oeuvre d’art à partir de la matière. Cette continuité du travail témoigne d’un certain positivisme puisque chaque phase est solidaire de la précédente et induit la suivante. Pourtant, au terme de cet enchaînement, l’oeuvre terminée semble contester ce qui la sous-tend comme si, de lui-même, l’édifice perturbait sa propre solidité, sa propre assurance, sa propre crédibilité.

On peut songer à Brancusi, lui aussi fait retour, lui aussi fait écho. La sculpture de Brancusi, à ses débuts, repose sur un socle discret mais solide puis elle évolue, elle dure, elle dure en aller-retour, elle fait trajet éliminant l’académie de ses propres moyens artistiques jusqu’à ce que le socle enfin glorifié devienne une sculpture dévorée par sa base.

C’est ce que perçoit l’oeil mental: une vacillation de l’objet créé par Slaoui, un va et vient d’un état à un autre, un mouvement de pendule qu’illustre la persistance de l’impression produite sur le spectateur, tantôt charnelle, tantôt spirituelle, ainsi que la difficulté de cerner le sujet réel de l’oeuvre, essentiellement mouvant.

Dans ce cas, l’approche de la main tendrait-elle à prévenir une chute ?

Inlassablement, l’oeuvre finale de Slaoui semble diffuser autour d’elle la voix ténue d’un devenir du passé, bien différent d’un avenir abstrait puisque partie anonyme d’un éternel retour chancelant, constitué de morceaux épars d’un présent estompé, de scissures dans le bois ou de crevasses, de peintures palimpsestes ou de rides dans le cèdre, destitués par la vie et reconstitués par l’artiste qui a su les retenir et les agglomérer.

L’encre smargh, le bois, le métal, l’argile, tous ces matériaux sont le thème de l’oeuvre depuis que Slaoui s’est mis à leur écoute pour s’en faire l’écho. Il en résulte cette capacité que naguère Jean François Schaal a perçue "du bois.., l’artiste ne retient rien sinon le bois lui- même."

Cette faculté de percevoir la matière dans sa singularité au point de pouvoir se frayer un chemin, c’est à dire une durée, un temps-pendule dans l’épaisseur de l’oeuvre, nous la nommerons empathie.

Cette empathie des matériaux nous touche par ricochet comme cette ride sur l’eau qu’a conçue le caillou et sur laquelle ondule ce besoin de contact qui déplace la main du spectateur au voisinage de l’oeuvre. Elle permet de baigner les objets dans leur plasma, dans leur germination, dans leur idée première, dans la fusion des corps d’où jadis toute matière a pris forme.

Slaoui fera donc cet objet mental où participent les quatre éléments: l’air, la terre, l’eau, et le feu, principes constitutifs de tous les corps.

L’oeuvre de terre, d’eau et de feu en trois dimensions se déploiera dans l’air.

Pour recréer la genèse de ces aspirations hypothétiques à être, Slaoui se garde bien d’utiliser les matériaux en l’état. L’Art n’adopte pas la chronologie de l’Histoire, il embrasse en un seul instant une totalité occupée simultanément par la densité et par l’aléatoire.

Paradoxalement, ce fond de précarité s’obtient par un rapprochement de matériaux compacts que Slaoui greffe, transfuse, estompe et creuse.

L’ordre jaillit de ce bouleversement corporel. La table des matières se mue en table de lecture.

Les matériaux ne sont plus ce qu’ils étaient mais ils sont ce qu’ils deviennent quand un univers les absorbe en multitude.

Le tout, immobilisé dans l’air, qui n’a jamais précédemment existé puisqu’il est une oeuvre originale, fait vivre la partie en la mémorisant.

La réunion devient une orchestration. Les rythmes enfouis remontent à la surface pour émettre, à l’unisson, de la géométrie dans l’espace comme un calme perdu qui soudainement ferait émergence.

Nous atteignons ici le socle absent-présent de l’oeuvre de Slaoui. Contrastant avec celui de Brancusi , ce socle est immatériel. Il ne repose sur rien, il est en apesanteur, en suspension dans l’air.

Il débusque la fragilité de l’éphémère dans le monolithique fendu, Il s’abstrait de la pesanteur de la matière et souligne simplement des formes issues du chaos le cercle, le carré, la spirale, le rectangle, le losange, la symétrie...

Ces formes sont l’arrière monde auquel faisait allusion Catherine Chevalier. Cette prévention du vide et de la chute dresse un voile devant nos yeux. Il fait écho au désordre prolifique des matériaux dont il est issu. L’arrière-plan de l’oeuvre est ici bien visible. Il proclame son universalité et le danger toujours présent de l’ensevelissement de la raison.

Mais il proclame simultanément, en synthétisant ce qui peut le détruire, qu’il ne peut vivre et se renouveler que par la connaissance intime de ces protubérances dont il fait son terreau.

Ainsi circonscrite dans sa métaphysique, l’oeuvre prend place dans le courant conceptuel contemporain en attestant d’un moment fugitif de l’éternité humaine.

Au XX siècle, l’art contemporain a constamment oscillé entre destruction et construction et les oeuvres d’aujourd’hui perpétuent souvent cette opposition.

D’un côté, la réalité tangible, celle qu’on peut juste ment toucher du doigt, d’un désespoir sans idéologie, de l’autre l’espérance virtuelle d’un avenir radieux, pensé avant d’avoir été vécu. L’un exprime un doute impudent sur l’homme et la négation de ses valeurs archivées telle, par exemple, la beauté, l’autre exprime une foi religieuse en l’homme et en des valeurs référencées.

Au travers de sa quête de l’origine de l’objet dans la fusion des matériaux se lit en filigrane, dans l’oeuvre de Slaoui, une réflexion profonde sur l’abstraction et le concret, sur ce qui se retranche et ce qui s’ajoute, sur ce qui émerge quand l’autre disparaît, sur ce qui s’éloigne et résiste dès qu’on le touche du doigt.

En cette oeuvre, construction et destruction ne s’opposent plus mais se fondent dans la relativité poétique de leur intrication.


Max Fullenbaum
Paris, Février 2000

artprice


 

 

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