Maghrebarts Home

 


 Arts Plastiques

Cinéma
Théâtre
Musique
 Médias
Arts Plastiques

Photo & Arts Visuels

News
Agenda
Création
Festivals
Dossiers
Liens

abonnement newsletter

Envoyez un email sans changer le sujet
 

annoncer vos activités

s.adil@maghrebarts.ma
 
insérer une publicité

adv@maghrebarts.ma

 

HASSAN EL GLAOUI OU L’ART D’ETRE SOI - MEME

 

Hassan El Glaoui est né peintre, pour être peintre.

Les caractéristiques de son milieu familial, le statut social qu’on lui connaît, les péripéties et les conjonctures historiques qui ont jalonné le cours de sa vie n’ont sans doute fait, entre autres détonateurs, que déterminer sa volonté de créer, façonnant au gré du temps le profil d’un personnage voué dès le départ au maniement du pinceau.

Nous n’allons donc pas souscrire, à propos de l’artiste, au discours biographique où la chronologie n’est somme toute qu’un déroulé d’anecdotes plus ou moins instructives. Ce qui nous importe, c’est de parler de son cheminement artistique propre, lequel est essentiellement subjectif. Ce qui importe, c’est ce que Hassan El Glaoui, en tant que créateur, a fait de sa vie, et non l’inverse. Et sa vie, ce sont tout simplement ses tableaux qui nous la donnent à lire, à découvrir, car ils permettent d’en saisir la vraie dimension dans le temps et l’espace et, au-delà de toute récupération, la vraie signification esthétique et la portée sociale.

Sa vie, c’est donc en principe son art, un art où se mêlent recherche formelle, description, narration, témoignage, un art qui tient parfois de l’épopée, tant l’artiste y a mis de grandeur, de noblesse, de charme et de force.

Les sujets d’El Glaoui émanent du réel, un réel tel qu’il l’a vu se manifester autour de lui. Réaliste par intention, il ne l’est cependant pas de manière attentive. Le centre de gravité de sa peinture n’est pas forcément le monde extérieur, mais son moi intime ; un pacte tacite l’y attache. L’artiste va peu à peu s’approprier de ce réel bien installé ce qui va servir son esthétique des formes et sa vision des choses : figures de la mémoire, paysages, impressions de voyage, scènes de la vie courante. C’est un repérage identitaire, qui constitue le paradigme même de sa sensibilité d’artiste. Ses sujets sont destinés à (re) créer une ambiance, à illustrer des liens, à exalter des sentiments, désirs, à travers un rendu harmonieux, que fidélise un sens de la représentation à la limite du pittoresque.

L’éclectisme thématique interpelle une lecture plurielle de l’œuvre d’El Glaoui : cavaliers, portraits individualisés, chevaux harnachés, natures mortes…On y devine cohabiter plusieurs styles, comme d’anciens emprunts, de lointaines réminiscences. Très proche cependant de la veine expressionniste par l’usage de la matière et l’intensité chromatique, El Glaoui ne manque pas d’irriguer ses toiles de couleurs locales reconnaissables : il circonstancie les événements, se joue des détails par tons suggestifs, multiplie les aplats, suscite des connotations. Si par hasard son acte pictural obéit à une simple gestualité, se fait ludique ici, décoratif là, il peut aussi être un acte courageux de prise de position, une expression d’autonomie revendiquée, un cri de douleur, une invitation à rompre. Chez Hassan El Glaoui, la référence au patrimoine artistique marocain est toujours de mise. Peintre de la mémoire mais aussi de l’émotion, la perception de la réalité chez lui n’a pas lieu uniquement au niveau du champ rétinien ; elle se donne plutôt comme la synthèse élaborée, comme la somme « métamorphique » d’instants vécus, d’éléments intériorisés tout au long de l’histoire, et qui se retrouvent soudain réunis sur la toile, cristallisés par des liens faits lignes fortes, tons vigoureux et éclatants, par un langage plastique né d’impulsions d’âme.

Lecture plurielle, disions-nous, où la représentation reste néanmoins le souci majeur : il s’agit de donner à voir, à sentir, de faire entendre aussi, bref de communiquer : instances épistémiques et sensitives, auxquelles n’a jamais dérogé la science peinturale d’El Glaoui. A sa manière, c’est un ordonnateur de tons, exactement comme on réglerait une partition musicale. La « visibilité » qui distingue ses œuvres le doit surtout à son sens averti de la lumière. Génératrice de formes, la lumière accrédite la polyphonie tonale comme autant de signes du terroir, elle imprègne les personnages, en spécifie la physionomie, et par là, éloigne l’art d’El Glaoui de tout maniérisme.

C’est dans les portraits et les scènes cavalières que l’artiste est, semble-t-il, allé le plus loin dans ses investigations. Du cheval, dont le genre est un pur-sang et dont le modèle s’origine probablement dans les rêves d’enfance, El Glaoui a quasiment fait une peinture «orgiaque», appréhendant son motif-fétiche sous tous les angles possibles et imaginables : spectaculaire, de parade, sensoriel, statique, cinétique, etc. à coups de croquis, de gouaches, d’huiles, à la fois joyeux et désespérés, en tout cas fantastiques. Un puissant lyrisme s’en dégage, ayant la fraîcheur, l’enthousiasme et la fragilité de l’inspiration vraie, celle-là rendue dans sa manifestation d’éclair.

Loin d’être un art de tout repos, la peinture de Hassan El Glaoui s’avère avoir été sujette à de multiples « crises », pour se concrétiser. Il en est de même de ces anodins bouquets de fleurs, de l’intérieur de l’atelier de l’artiste : le même procédé technique au niveau des touches, la même fièvre graphique, pour trouver les bonnes combinaisons de formes et de couleurs, pour maîtriser l’espace, définir la vision, placer les objets, les spiritualiser, les habiller de nuances, s’y reconnaître, exister.

Admirable El Glaoui ! Il a toujours vécu son art de l’intérieur, comme en gestation perpétuelle. Il n’a jamais proclamé haut et fort aucun professionnalisme, n’a fait partie d’aucun courant notoire. Héritier d’un passé de contradictions et de reniements, il n’a voulu en garder qu’un certain charme, il est resté un libre senteur, et pourquoi pas un libre penseur aussi.

Il a vécu son art - et continue de le vivre - comme son seul credo, comme une fin en soi, sans jamais basculer dans l’art pour l’art, puisque de nos jours son travail, dans son étendue, est profondément impliqué dans le champ plastique marocain. Consacré et reconnu, il reste le témoignage et la chronique quintessenciés d’une période historique révolue.

On a souvent dit qu’en art il n’y a pas de progrès, que l’art, si élevé soit-il, ne saurait saisir chose plus grande que lui-même. Cela est vrai de Hassan El Glaoui, chez qui, depuis le départ, le rapport sources-ressources, si dialectique soit-il, reste la preuve d’une création restée égale à elle-même.

Abderrahman BENHAMZA
 

Voir également:

Hassan El Glaoui, L’Homme & l’Artiste

Expositions actuelles: Voir Agenda
Retour
Arts Plastiques

  

 
 

 


© 2001 - Maghrebarts.ma
info@maghrebarts.ma
BP 2523 RP 10 000 Rabat - Maroc