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Les Murs de Joan Cursach

 

Murs, escaliers, grillages. Murs épais, murs infranchissables, barrières, forteresses,frontières. Mondes séparés, isolés les uns des autres, tels sont les tableaux de Joan Cursach, dénonciateurs des murs de la honte. Certes, il y en a qui tombent, mais on en construit d’autres; il y aura toujours des murailles en ce monde. Ce sont les symboles de la haine, de l’exploitation, du racisme, de la défiance séculaire à l’égard de tout ce qui est de l’autre côté, la crainte implicite de «l’autre», du «différent».

Il y a heureusement, dans les tableaux de Joan Cursach, des échelles appuyées contre ces murs, certaines hérissées de pointes aigues. Ces échelles, arrimées aux murs de terre, serviront à franchir ces murs et à accéder à l’autre monde… Mais que trouvons-nous de l’autre côté? On l’ignore; et l’auteur ne nous le dira pas! Ce qui le captive, ce n’est pas l’autre bord, c’est la frontière, c’est les limites.

Et sur ces murs énormes et menaçants la foule pullule. Tout là-haut, elle se déploie et avance sans but dans un incessant et obsessionnel piétinement. Point de paix sur ces puissantes murailles. Tout tremble et s’agite. Procession de figures fantomatiques, silhouettes sans mains ni bras. «Les mains ne m’intéressent pas » avoue l’artiste. Et les corps ne sont guère que des coups de brosses, des taches noires ou livides, parfois vêtus de vieux journaux. Et il confesse aussi qu’il ne peint pas les figures en accord avec leur corps. Elles sont crispées, ces figures, dolentes, angoissées, elles hurlent de douleur, mortifiées sans doute par cette sarabande interminable. Bouches pourpres. Sang. Têtes de mort. Des êtres torturés certes, mais avant tout des profils en mouvement, au rythme des défilés, où les uns se bousculent et se choquent, ou d’autres se penchent et vomissent. Un hymne à la douleur! L’emblème peut-être des éternelles migrations.

D’autres peintures reflètent, d’une manière peut-être plus émouvante encore,l’incessant ballet maudit de l’exode. Personnages qui tournent autour d’un minuscule monde bleu; personnages abstraits qui ne se regardent pas, ne se rencontrent pas, s’ignorent même, envoûtés par leur propre tragédie, leur fuite vers un havre inconnu. Exode? Ou tout simplement, la solitude désincarnée de l’homme.

Joan Cursach peint un univers dantesque, un cauchemar. Ce n’est donc pas une oeuvre aimable, anodine ou décorative, mais elle ne peut pas laisser personne insensible ou indifférent. Peinture martiale, faite d’acrylique, de terres, de collages, de cartons plissés, de journaux déchirés. Il en résulte une beauté inquiétante, même si le peintre déclare: «Seule me touche l’esthétique, non sa possible interprétation littéraire.»


Un peintre qui a créé un monde original. Et nous pouvons nous demander si ces murs ne sont pas les murs invisibles, plus difficiles à abattre, que nous construisons en nous-mêmes.

 

Jesús Greus
Marrakech - Décembre 2010

 

29 Mars - 09 Avril 2011, Casablanca
29 Avril - 15 Mai 2011, Marrakech

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