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L’Atelier de la Mémoire de B.A

 

B.A.: non pas un nom mais deux lettres, une inscription; un anonyme qui fait signe par ces deux engrammes. Le corps qui leur correspond n’est que l’exécutant impersonnel mais individué d’une mémoire qui se présente simultanément comme musée et comme atelier.

Série Flashback _ collage et acrylique sur toile, 2007, 100 X90 cm (n°6 teste)C’est là que réside le sens (les sens) des derniers Combines de Benyounes Amirouche; des sens qui s’inscrivent dans les interstices mobiles de sa mémoire-atelier-musée: traces impersonnelles et personnelles, traces hétérogènes et multiples animant le jeu (au sens de «ludique» et de «espace») de l’œuvre (comme objet plastique) et de la vie (objets intégrés dans l’œuvre).

C’est dans l’interstice d’un travail d’abstraction et de figuration à la fois (Figuration libre? Nouvelle figuration? Pop Art?) que le peintre-plasticien s’installe. La vie comme objets de l’ordinaire, comme puissances/potentiels et comme acte (on voit le travail et les traces de l’exécution, on voit la main), structurent et déploient l’idée-affect de ces travaux.

Par sa réflexivité (devenant mémoire d’elle-même, des textes et des contextes qui la composent), l’œuvre s’enclenche sur le vivant. Le musée n’est pas que mémoire (statique), il est aussi et surtout atelier vif.

Cette dialectique du musée-atelier est une refonte du Temps: passé, présent et leurs devenirs entrent dans un processus de fusion où c’est la plasticité en tant qu’acte qui prend le devant et interpelle le corps du spectateur. Le maintenant, l’antériorité et la postériorité y sont des notions sans pertinence. Elle est (cette dialectique) aussi refonte de l’espace: les espaces de l’ici et de l’ailleurs (d’autres Cultures, d’autres «géo-esthétiques») se recoupent et, désormais, seul l’espace de l’œuvre est espace de composition, recomposition.

En fait, le travail de la mémoire est-ce un passé? Est-ce un présent? Revisite-t-il une mémoire propre à soi ou une mémoire impersonnelle et multiple? Le présent existe-il, en définitive, puisqu’il suffit de le nommer pour qu’il soit déjà un passé? Ne vivons-nous pas dans un éternel Flash back?!

C’est cette ambivalence que les travaux de B. Amirouche interrogent. Les combinatoires mnésiques et plastiques s’associent pour aboutir à des re-compositions faites de récupération et de recyclages aux dimensions ludiques, (auto-) biographiques et où l’effet est tantôt léger tantôt tragique.

Ainsi, créer pour B. Amirouche, c’est assembler, combiner, intégrer les unes dans les autres, des images, des objets et des corps avec leurs mémoires (individuelle et collective) visuelle, auditive et tactile (charnelle?). Créer c’est récupérer: récupération hybridante de ce qui me touche et touche mes semblables; ma mémoire ne m’appartient pas; elle s’insère dans une «fabulation» où les déterminants de la matière plastique ordonnent l’œuvre dans des suites et des séries hors de mon vouloir. Je ne suis que l’exécutant d’un projet qui me précède et me succède (m’excède); un projet qui a vraisemblablement commencé avant moi. L’idée m’advient naturellement par prégnance. Elle m’a conçu avant que je ne la conçoive!

Les travaux de B.A. sont, dans cette perspective, une réflexion sur le Temps et l’œuvre d’art. Qu’est-ce que le Temps? Qu’est-ce que l’œuvre d art?

L’image (mnésique, visuelle) est, en fait, hors-Temps. Elle est là; avec son composé de sensations et d’idées. Elle crée elle-même ses agencements, ses vitesses et ses devenirs. La matière mnésique se moque des temporalités et des catégories. La multiplicité est son être ; comme l’œuvre d’ailleurs. Celle-ci est images, textes et contextes. Elle est fondamentalement recyclage de citations (objets-citations, icones-citations, motifs-citations et mots-citations).

Mais, simultanément, ce qui est cité, idéalisé, magnifié, rencontre ce qui ne peut être citation et qui me fonde comme regard dans le temps: des visages et des corps qui ne sont surtout pas des icones (tels Miles Davis, Louis Armstrong, et autres chanteurs ou acteurs de «l’autre Temps») mais des «figures» (peintes à la main) que je suis seul à connaitre. ; Celles-ci modulent l’impersonnel en insérant, dans le concert des Voix, des Sons et des Attitudes, la part secrète de soi.

Il y a donc dans ces travaux une sorte de "phénoménologie désinvolte" (R. Barthes) du corps et du Temps.
Comme dans le souvenir-rêve (mémoire fantasmée) s’enchaînent (dans des formes géométriques – carrés, rectangles, cercles- aux limites poreuses et aux couleurs variables) des images iconisées et des images de corps/visages en fonction desquels tous les agencements sont faits.

Combinatoire plastique/mnésique, combinatoire sensitive/matérielle dévoilent les suites figurales d’une idée aux agrégats composites: l’idée du Temps comme espace /mémoire/sensation.

En effet, l’œuvre re-compose l’espace-temps vécu (remémoré, imaginé, fantasmé) et l’espace plastique (avec ses constituants matériels et immatériels) non pas pour retrouver une homogénéité, une identité (celle de l’enfance du regard) mais pour vivre comme idée l’hétérogénéité et l’hybridité.

La mémoire (travaux relevant du Mail Art, un aller vers soi? un aller vers Autrui?) coïncide avec ce qui lui advient mais pas avec celui qui devient. Et «désorienter l’image» (phrase de l’artiste pour présenter son œuvre), c’est justement cela: aller vers la non-coïncidence avec soi pour devenir autres. C’est pour cela que le travail du plasticien mime le travail de la mémoire: effacer, colorer, griffer, cacher, ajouter; autant de procédés qui, paradoxalement «repoussent le passé» puisqu’il propose au regard l’œuvre comme objet ou plutôt objet d’objets; car en saturant la plasticité (en traitant tous ces objets) c’est la surface plastique qui reprend ses droits.

Cette prégnance de la Culture, ce travail de la recomposition et du recyclage hybridant inscrit le travail de B. Amirouche dans une postmodernité qui fait fi des identités pures et qui lance les actes (plastiques, mnésiques) dans l’intersticiel et le multiple; l’œuvre plastique devenant à elle seule musée global, transindividuel et transtemporel. Comme l’affirme l’artiste lui-même, «le temps, c’est des âges, des époques et des ambiances.» C’est le mot ambiance qui me retient ici. L’ambiance est une «aire» (un air?) où s’amalgament des mémoires, des objets et des corps avec ce qui leur est consubstantiel: un composé d’idées et d’affects (sons, couleurs, sensations de tout ordre) dans une multiplicité de soi et du Temps.
 

Abderrahim Kamal
Université de Fès

23/11/2010

 

Voir également:

Le Flash – Back de Benyounes Amirouch

Programmes des expositions et spectacles:Agenda

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