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Salvador Dali, Etait-il Fasciste?

 

Salvador Dali ou Avida Dollars comme l’appelait André Breton par allusion à son amour excessif pour l’argent, était il fasciste?

Un jugement difficile à admettre quand on sait que le surréalisme, mouvement auquel appartenait le peintre catalan, défendait la cause communiste et luttait contre toutes les formes de la dictature. Toutefois l’excentricité de Dali et sa mégalomanie le rapprochent plus des figures symboliques du totalitarisme que des surréalistes humanistes. Ses réactions vis- à- vis des grands évènements qui ont marqué le siècle dernier (montée du fascisme, deuxième guerre mondiale, guerre civile espagnole…) reflètent ses positions très subjectives qui ne cadrent point avec la philosophie prônée par les adeptes du surréalisme. Trois toiles de l’artiste catalan laissent voir ses positions anti-humanitaristes et constituent le témoignage d’un peintre qui confond surréalisme et folie des grandeurs. Il s’agit des oeuvres suivantes: Construction molle avec haricots bouillis, Prémonition de la guerre civile qui date de 1936; l’énigme de Hitler Réalisé en 1938 et Visage de la guerre datant de 1940.

1-Dali hanté par la guerre civile
Face à cet évènement historique, on ne peut pas parler pour Dali d'une réaction mais plutôt d'une prophétie. En effet le peintre catalan a été hanté par la guerre d'Espagne comme en témoigne le titre de son tableau :" Prémonition de la guerre civile" de 1936 et dont il a écrit dans sa «vie secrète» "le pressentiment de la guerre civile me hantait. Peintre de paroxysmes viscéraux, six mois avant la guerre d'Espagne je terminais prémonition de la guerre civile espagnole, garnie avec des haricots secs bouillis où un grand corps humain grouillait de bras et de jambes qui s'étranglent mutuellement dans le délire. Le titre dont j'ai baptisé ce tableau : prémonition de la guerre civile six mois avant qu'elle éclate, reste en plein dans les prophéties daliniennes"1

Le tableau en question est l'une des plus fantastiques et effrayantes compositions du peintre: au-dessus d'une terre aride, ravagée et sur fond d'un ciel envahi d'une fumée apocalyptique, un gigantesque corps humain se déchire lui-même, s'écartèle, s'étrangle, grimace de douleur et de folie. Une main monstrueuse écrase un sein. Des doigts, un pied, une langue se convulsent. Quelques haricots posés à terre comme autant de petites crottes. C'est clair, ce corps n'est autre que l'incarnation du peuple espagnol qui s'entretue. Mais on ne peut pas parler de l'attitude de Dali face à cette guerre sans évoquer son rapport avec les deux belligérants: les franquistes et les anarchistes, et son choix politique. S'agissant de ce dernier point, Dali affirme dans ses «entretiens» qu'il a toujours été adversaire de toute affiliation. "je suis le seul surréaliste qui ait toujours refusé de participer à quelque organisation que ce soit, jamais je ne me suis engagé"2. Toutefois, il a manifesté une certaine sympathie à l'égard de Franco, et a même accepté la décoration qu'il lui a accordée: La Croix d'Isabelle la catholique. Cette décoration, dit-il "a au moins l'avantage de me créer des difficultés. Ceux qui s'engagent sont des domestiques. Moi voulant être un seigneur, je ne demande pas que de me voir couvrir de médailles de toutes sortes"3. Quant à la mort de son ami le poète Frédérico Garcia Lorca, fusillé par les franquistes, Dali l'a qualifiée de mort courageuse "je trouvais que pour F.G.L. c'était la plus belle façon de mourir, occis par la guerre civile."4

Il en ressort que la position de Dali vis-à-vis de la guerre d'Espagne se démarque totalement de celle des surréalistes qui ont soutenu les adversaires de Franco. Dali, lui, avait une préférence pour les régimes qui maintenaient une élite, les hiérarchies... etc. Comme les monarchies et les régimes totalitaires et a, par conséquent, des sympathies franquistes. Il dit à ce propos: "J'ai commencé ma vie en trahissant d'une façon très spectaculaire ma classe d'origine qui est la bourgeoisie pour ensuite proclamer toujours les vertus de l'aristocratie et de la monarchie"5

2-Dali «Hitlériste»?
Le deuxième volet de ce dossier concerne la réaction de Dali face à la montée du fascisme et du nazisme. Le tableau représentatif de cette attitude est l'énigme d’Hitler datant de 1939. Le mot énigme reflète cette aura de mystère dont Hitler a été entouré à l'époque. Pour Dali le téléphone qui figure dans le tableau est annonciateur de nouvelles.

Mais cet intérêt accordé par Dali à Hitler n'est pas d'ordre politique, il est paranoïaque, apolitique et érotique par essence:

"J'étais fasciné par le dos tendre et dodu d'Hitler toujours si sanglé dans son uniforme. Chaque fois que je commençais à peindre la bretelle de cuir qui, partant de sa ceinture passait sur son épaule opposée, la mollesse de cette chair Hitlérienne comprimée sous la tunique militaire créait en moi un état d'extase gustatif laiteux, nutritif et wagnérien qui faisait violemment battre mon coeur... je considérais Hitler comme un masochiste intégral possédé par l'idée fixe de déclencher une guerre pour la perdre ensuite héroïquement."6

Et Dali d'insister sur la nécessité de comprendre Hitler dans le cadre de l'activité paranoïaque critique qu'il définit comme étant une méthode spontanée de connaissance irrationnelle fondée sur l'association interprétative critique des phénomènes délirants. Le peintre catalan est allé jusqu'à reprocher aux communistes de sous-estimer, dans sa signification et dans son impact sur les masses, "la révolution hitlérienne." Cet intérêt croissant de Dali pour Hitler va être compris par les membres du groupe surréaliste comme une défense du nazisme. Breton, chef du mouvement, qui voulait que ce courant soit au service de la cause du prolétariat n'a pas accepté "l'hitlérisme" de Dali et a décidé de l’excommunier en 1934. Mais cette exclusion a été écartée lorsque Dali accepta de signer une déclaration selon laquelle il n’était pas l'ennemi du prolétariat.

3-Dali et la deuxième Guerre Mondiale
Le tableau qui traduit l'attitude de Dali face à la guerre est sans doute " visages de la guerre"datant de 1940-1941. Un tableau qui s'inscrit dans la thématique de l'épouvante et l'effroi qui caractérise la peinture de Dali. Un visage gigantesque plein de serpents telle une tête de Méduse occupe toute la toile. Mais c'est un visage dont les yeux et la bouche sont remplis de crânes. Une mise en abyme qui met en exergue le nombre infini des victimes de la guerre. Dali en est totalement conscient et imprégné, les deux moteurs les plus violents qui font fonctionner le cerveau artistique de Dali sont la libido et l'angoisse de mort " pas une seule minute dans ma vie ne se passe sans que le spectre de la mort ne m'accompagne dans la moindre de mes plus subtiles et capricieuses fantaisies"

Mais Dali aime les guerres comme il l'a dit dans ses «entretiens». "Personnellement, le péril jaune me plaît beaucoup. Il sera l'enjeu d'une guerre, et j'aime beaucoup les guerres." Car pour ce surréaliste la mort des autres constitue une source de plaisir et de jouissance. "Désormais je dégusterai avec une saveur particulière la moindre sardine, si en même temps je songe à tous mes amis qui sont morts de préférence fusillés ou martyrisés... Dès leur mort, ils commencent à travailler pour le divin Dali" 7. Ainsi, loin de dénoncer l'atrocité de la guerre et son horreur, Dali se contente de la représenter telle qu'il la voit, une figure de la mort qui le persécute et qui le divinise.

Face aux événements historiques qui ont secoué l’humanité lors du vingtième siècle, Dali a donc adopté des positions aussi excentriques que sa personne. Son idéologie se ressource dans la parano-critique qu’il a inventée. Il ne se souciait point de la mobilisation idéologique entreprise par ses amis surréalistes en faveur du socialisme et des classes démunies. Seul comptait pour l’extravagant Dali la mise en exergue de son MOI et de sa grandeur. Une mégalomanie sans borne qui légitime à ses yeux la dictature de Hitler et le carnage occasionné par la guerre.

"La différence entre les surréalistes et moi c'est que moi je suis surréaliste" Cette déclaration résume la relation qu'entretenait le peintre avec les surréalistes. Lui qui proclamait bien haut qu’il trouvait la politique anecdotique et misérable, leur contestait la qualificatif de surréalistes à cause de leur engagement en faveur du prolétariat. Une telle action met en question la primauté de l'inconscient, du moi, et de la paranoïa- critique qui restent, pour Dali, les sources essentielles pour toute oeuvre surréaliste.

Mohamed Rachidi
Artiste Peintre

NOTES

1- Cité par Gilles Neret in Dali, Taschen, 1994, pp.44-45

2- Alain Bosquet : Entretiens avec Salvador Dali, 1996, Paris, p.14

3- Ibidem.

4- Ibid.p.50

5- Alain Bosquet : Entretiens avec Salvador Dali, 1996, Paris, p.14

6- Gilles Neret. Dali, Taschen 1994. p.60

7- Alain Bosquet : Entretiens avec Salvador Dali, 1996, Paris, p.45

 

 

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